
Mutuelle des Instrumentistes de Côte d’Ivoire : quand les musiciens s’unissent pour défendre leur métier
Dans l’univers musical ivoirien, les chanteurs et les artistes sous les projecteurs sont souvent les plus visibles. Pourtant, derrière chaque concert, chaque album, chaque spectacle et chaque grand succès se trouvent des femmes et des hommes dont le travail est indispensable : les instrumentistes.
Guitaristes, bassistes, batteurs, percussionnistes, claviéristes, saxophonistes, trompettistes et autres musiciens constituent l’ossature de nombreuses productions musicales. C’est pour mieux défendre cette profession, améliorer les conditions de vie de ses acteurs et renforcer leur solidarité qu’est née la Mutuelle des Instrumentistes de Côte d’Ivoire (MICI).
Une organisation née d’un constat
La MICI a été officiellement présentée au public en février 2021. Son ambition était claire : permettre aux instrumentistes de se regrouper autour d’un projet de solidarité, de reconnaissance professionnelle et de protection sociale.
La création de la mutuelle répond notamment à une réalité souvent évoquée dans le milieu : malgré leur contribution essentielle à l’industrie musicale, de nombreux instrumentistes connaissent des situations professionnelles et sociales fragiles.
La MICI entend donc contribuer à faire évoluer cette situation en donnant davantage de visibilité et de considération au métier d’instrumentiste.
Plus qu’une association : une logique de solidarité
Selon sa présentation officielle, la MICI est une structure à but non lucratif destinée à organiser la solidarité entre ses membres. Ses missions reposent notamment sur quatre grands axes : la promotion de la profession, la couverture maladie, la reconnaissance d’un statut officiel et la protection des droits des instrumentistes.
Cette démarche est importante dans un secteur où l’activité peut être irrégulière et où les musiciens travaillent souvent pour différents artistes, orchestres, studios, hôtels, bars, événements et productions.
L’objectif est donc de construire progressivement un environnement dans lequel l’instrumentiste peut exercer son métier avec davantage de sécurité et de dignité.
Donner une véritable reconnaissance à l’instrumentiste
L’un des combats fondamentaux de la MICI est la valorisation du métier d’instrumentiste.
Dans une chanson à succès, le public retient souvent le nom de l’artiste principal. Pourtant, derrière une œuvre musicale se trouvent des arrangeurs, guitaristes, bassistes, batteurs, claviéristes, percussionnistes, cuivres et autres professionnels qui participent directement à sa création et à son identité sonore.
La MICI souhaite contribuer à changer cette perception et à faire reconnaître l’instrumentiste comme un véritable professionnel de la musique.
La question de la protection sociale
La santé constitue également un enjeu majeur.
La MICI affiche parmi ses objectifs la mise en place d’une couverture maladie adaptée aux besoins de ses membres. Cette dimension répond à une préoccupation particulièrement importante pour les musiciens professionnels, dont l’activité repose directement sur leurs capacités physiques et artistiques.
Une maladie, un accident ou une période d’inactivité peut en effet avoir des conséquences importantes sur les revenus d’un instrumentiste.
La mutualisation apparaît ainsi comme un moyen de construire progressivement une forme de solidarité professionnelle.
Défendre les droits des musiciens
La reconnaissance professionnelle ne se limite pas à la santé.
La MICI entend également travailler à la protection juridique et à la défense des droits des instrumentistes. Son objectif est notamment de permettre aux musiciens de mieux comprendre leur environnement professionnel et de disposer d’un cadre plus structuré pour leurs démarches.
Cette question devient particulièrement importante à mesure que les instrumentistes ivoiriens travaillent davantage avec des artistes, producteurs et structures à l’étranger.
La formation : préparer les instrumentistes aux nouvelles réalités
La profession évolue. Aujourd’hui, un musicien peut être amené à maîtriser non seulement son instrument, mais également les nouvelles technologies, la production musicale, la musique assistée par ordinateur, les réseaux professionnels et les nouveaux outils d’apprentissage.
En mai 2024, la MICI et Pégase Innovations ont signé un partenariat autour de la plateforme iMusic-School, afin de faciliter l’accès des musiciens ivoiriens à des formations musicales en ligne. Le dispositif proposait notamment des cours concernant plus de onze instruments, le chant et la MAO, avec des contenus allant du niveau débutant au niveau professionnel.
Le partenariat prévoyait également une réflexion autour de la transmission des musiques et instruments traditionnels ivoiriens.
L’Africa Jamming Festival : une vitrine pour les instrumentistes
La valorisation du métier passe aussi par la scène.
L’Africa Jamming Festival, organisé à l’initiative du Groupe Musicos et de la MICI, constitue l’un des rendez-vous consacrés aux instrumentistes. Le festival vise à mettre en lumière leur talent, favoriser les échanges entre professionnels et créer des rencontres entre musiciens ivoiriens et africains.
En 2022, la sixième édition avait notamment réuni plus de 45 artistes et attiré plus de 3 000 spectateurs, avec le soutien de la Fondation Orange Côte d’Ivoire.
Le festival participe ainsi à une idée essentielle : un musicien instrumentiste ne doit pas être uniquement celui qui accompagne un artiste ; il est lui-même un créateur et un professionnel à part entière.
Une carte pour identifier les professionnels
La MICI met également en avant une carte MICI, présentée comme un outil de reconnaissance et d’accompagnement des instrumentistes.
Selon les témoignages publiés sur le site de la mutuelle, certains membres indiquent avoir utilisé cette carte dans différentes démarches administratives, notamment pour des procédures liées aux passeports et aux visas.
Cette dimension pourrait devenir particulièrement stratégique pour les instrumentistes appelés à travailler sur des scènes internationales.
Une voix collective pour une corporation
L’un des grands enjeux de la MICI est finalement de faire passer les instrumentistes d’une logique individuelle à une logique collective.
Un guitariste seul peut avoir des difficultés à faire entendre ses préoccupations. Des centaines de guitaristes, bassistes, batteurs, claviéristes, percussionnistes et autres instrumentistes réunis autour d’une organisation peuvent, en revanche, porter une voix plus forte auprès des institutions, des producteurs et des acteurs de l’industrie musicale.
La mutuelle se présente ainsi comme un espace où les professionnels peuvent se rassembler, échanger et défendre des intérêts communs.
L’enjeu de demain : professionnaliser davantage le métier
La prochaine étape pourrait être de renforcer encore la structuration du métier d’instrumentiste en Côte d’Ivoire.
Cela passe notamment par :
- une meilleure identification des professionnels ;
- la formation continue ;
- l’accès à la protection sociale ;
- la reconnaissance juridique et professionnelle ;
- la rémunération équitable du travail musical ;
- la protection des droits ;
- la mobilité internationale ;
- la transmission des savoirs entre générations ;
- la valorisation des instruments et rythmes traditionnels ivoiriens ;
- la création de véritables opportunités économiques pour les musiciens.
La MICI, un outil pour construire l’avenir
La Mutuelle des Instrumentistes de Côte d’Ivoire s’inscrit donc dans une problématique beaucoup plus large que la simple organisation d’une corporation.
Elle porte une réflexion sur la place du musicien dans la société ivoirienne et dans l’économie culturelle.
Car derrière le coupé-décalé, le zouglou, le reggae, le jazz, le blues, la rumba, le zouk, le gospel ou encore les musiques traditionnelles, il y a toujours des instrumentistes.
Ils donnent une couleur aux chansons, construisent les arrangements, accompagnent les voix et participent à l’identité sonore de la Côte d’Ivoire.
Valoriser l’instrumentiste, c’est donc valoriser une partie essentielle du patrimoine musical ivoirien.
La MICI entend justement contribuer à cette transformation : faire en sorte que celui qui fait vibrer la guitare, battre la batterie, chanter le saxophone ou résonner le clavier puisse vivre plus dignement de son art.
Pour aller plus loin
La MICI présente ses missions, son fonctionnement et ses moyens de contact sur son site officiel. Mutuelle des Instrumentistes de Côte d’Ivoire – MICI
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Documenter, valoriser et transmettre l’histoire et les acteurs de la musique ivoirienne.
